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De Paris à Moscou
Article : Zelenograd, la Silicon Valley soviétique délaissée
société
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25 septembre 2012

Zelenograd, la Silicon Valley soviétique délaissée

 Construite au début des années 1960 comme une ville forestière expérimentale, Zelenograd, “la ville verte” porte bien son nom.

 Des immeubles soviétiques de 5 à 28 étages parachutés dans 900 hectares de fôret en font un lieu atypique et paisible, à une trentaine de kilomètres de la frénésie moscovite. Au coeur de la ville, des baigneurs prennent le soleil au bord d’un lac artificiel. Intégrée à la ville, la fôret est devenue un vaste terrain de jeu.

En 1962, cette écocité soviétique était choisie par Alfred Sarant et Joel Barr, fondateurs de l’industrie soviétique de microélectronique, pour y créer une «Silicon-Valley» russe en y installant un centre pionnier de recherche dans l’ingénierie électronique, l’Université Nationale de Recherche en Electronique (MIET).

Anton est arrivé à Zelenograd en 1992 pour faire ses études au MIET, il s’en souvient avec nostalgie “Le MIET était pour moi comme l’école Poudlard d’Harry Potter. Nous avions accès aux merveilles de la science, à des ordinateurs modernes et des professeurs passionnés.”

Aujourd’hui programmateur freelance, il crée des applications pour des entreprises américaines telles que Facebook et Google. “De ma promotion du MIET, nous sommes très peu à travailler comme ingénieurs électroniques. Malheureusement il n’y a plus d’emploi dans ce secteur en Russie.”

A l’instar de la moitié de sa promotion, il n’a pas quitté Zelenograd, séduit par une ville pleine de contrastes “J’ai adoré le mélange entre la forêt et les bâtiments très modernes. A Zelenograd vit une population éduquée qui aime la science et la nature. Les gens se déplacent à vélo et font leur jogging dans la forêt. Il y a moins d’alcooliques et de clochards qu’à Moscou, ça doit être l’impact de l’éducation.”

Devenu un pôle stratégique, Zelenograd est resté fermé aux étrangers jusqu’en 1992. La libéralisation brutale des années 1990 a causé la fermeture de nombreuses usines et Zelenograd tend à devenir une ville dortoir de la banlieue moscovite.

Une évolution qui chagrine Anton “Zelenograd empire chaque année, des habitants de la banlieue moscovite sont forcés de s’y installer à cause de la hausse des prix de l’immobilier. Ils n’ont aucun lien avec l’identité de la ville. La qualité de l’éducation du MIET baisse, et les budgets de l’université sont minés par la corruption. Les entreprises de la ville n’ont fait aucun progrès en compétitivité dernièrement. Chaque année elles annoncent renaître de leurs cendres sans aucun résultat.”

Sombre tableau qui ne semble pas avoir été évoqué lors du lancement de la nouvelle “Silicon Valley russe”, le très médiatique village de Skolkovo.

Impulsé en 2009 par l’ancien président Dmitri Medvedev, Skolkovo est un ambitieux projet de cluster scientifique et écologique, voué à devenir la “Silicon valley russe” et à accueillir “les quartiers généraux des entreprises les plus importantes et les plus modernes » selon ses mots. Rien ne semble trop beau pour ce projet phare de la présidence de Medvedev, dont la construction qui doit se terminer en 2015, devrait coûter 120 milliards de roubles (3 milliards d’euros).

Skolkovo a été beaucoup critiqué car sa construction ne s’appuyait pas sur les infrastructures scientifiques existentes comme celles de Zelenograd. Pour Anton, ce n’est pas un hasard, “Les autorités préfèrent tout reprendre à zéro que s’attaquer aux problèmes existants. Et puis ça permet de dépenser davantage, et donc de voler davantage. Mais je suis heureux que Skolkovo ne soit pas construit à Zelenograd, ce dont nous n’avons pas besoin, c’est de bâtiments inutiles supplémentaires.

Selon lui, si la Russie veut rattrapper son retard technologique, cela ne pourrait pas se faire sans Zelenograd, car la ville présente encore des atouts considérables en matière

d’infrastructures et de ressources humaines. “Néanmoins pour cela il faudrait s’attaquer à la corruption, mère de tous les problèmes. Le coût de la corruption nous empêche d’être compétitif. Notre retard en microélectronique est considérable, nous sommes derrière la Chine, sans parler des Etats-Unis. Il faudrait réinvestir massivement dans la recherche et l’éducation.”

Quant à l’avenir de Skolkovo, il reste sceptique: “Pour l’instant ce ne sont que des bâtiments, j’attends de voir naître une véritable communauté scientifique avec une production à la clé. Mais quand il y a autant d’argent en jeu, la corruption n’est jamais loin.”

En Russie, construire une ville à partir de rien est possible, au XVIIIème siècle le tsar Piotr premier faisait surgir du sol nu la ville de St Pétersbourg en l’espace de dix ans. Mais tirer les leçon du passé n’est jamais un luxe, même pour la plus futuriste des Silicon Valley.

En savoir plus sur Zelenograd:
https://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=1332

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Article : Délicieux multiks
culture russe
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20 septembre 2012

Délicieux multiks

« – Tu veux qu’on regarde un multik?
– Un quoi?
– Un multik, comme multiplikatsia, multiplication d’images, animation movie.
– Bon.. » ai-je dit pas très convaincue « allons-y pour un multik. »

Depuis que j’ai découvert les dessins animés russes, je ne peux plus m’en passer, un multik le soir pour s’endormir, un pour rire, un pour rêver, un pour replonger dans l’enfance et un pour se changer les idées. J’avais aimé Kirikou, Miyazaki, Mia et le migout et d’autres, mais je n’imaginais pas la folie,  la poésie et la liberté qui pouvaient se dégager de vieux multiks soviétiques, de multiks apocaliptiques et grinçants des années 90, et de multiks épurés des années 2000.

Voilà une petite sélection d’auteurs, ayant chacun leur univers rêveur ou inquiétant, loufoque ou poétique. Bons multiks!

Norstein

Le hérisson dans le brouillard (1975)

Norstein est un grand peintre-animateur qui a commencé sa carrière à l’époque soviétique. Menuisier de formation, il a consacré l’intégralité de sa vie à peindre deux heures de films doux et poètiques, et un peu barrés disons le.

https://www.youtube.com/watch?v=sbW2wDklJ_o

Ivan Maximov
Le vent sur la côte(1992)

Ivan Maximov est à l’origine ingénieur à l’Institut de Recherche Spatiale et dessinateur. Il s’est mis à réaliser des multiks au début des années 1990 en créant son studio. Univers inquiétant, délirant et loufoque, saccadé de jazz.

Alexandr Petrov
La Sirène (1997)

Artisan du dessin animé, il peint entièrement ses films à la peinture à l’huile sur verre. Ses images sont pleines de la chaleur d’un foyer russe. La sirène est un très joli conte de Pouchkine. Dans les contes russes, les sirènes sont des femmes qui se sont jetées dans la rivière par dépit amoureux, et elles se vengent éternellement en charmant de nouvelles victimes et en causant leur noyade.

Konstantin Bronzit
Lavatory (2009)

Super dessin animé russe de la dernière génération qui a gagné un oscar en 2009.

Et un rab de Multiks sur le thème de l’école pour les gourmands:

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“La vida no es la que uno ha vivido, sino la que uno recuerda, y como la recuerda para contarla”. Gabriel Garcia Marquez

Auteur·e

L'auteur: Maryblues
Etudiante passionnée de philo de socio de voyages et d'exploration de territoires inconnus.

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